Unanimement aimé des Egyptiens qu’ils soient musulmans ou chrétiens, le Pape Chénouda III demeure jusqu’à nos jours une source d’inspiration et de fierté. L’Eglise a célébré le lundi 3 août le 97ème anniversaire de sa naissance, le lendemain de l’ouverture des églises d’Egypte à la prière et aux messes. A cause du coronavirus, depuis plusieurs mois, les fidèles chrétiens n’avaient pas pu se rendre aux églises. De son vivant, le Pape Chénouda III n’était pas uniquement un dignitaire religieux, il était bien plus un symbole national qui a veillé constamment à ce que l’Egypte demeure unie dans les moments les plus difficiles. Son unique antidote face à toutes les difficultés et aux malheurs de la vie était la prière et la sagesse. Son souvenir marque encore tous les Egyptiens.
Intronisé 117ème Pape d’Alexandrie et Patriarche du Siège de Saint-Marc, le Pape Chénouda III est né sous le nom de Nazir Gayed au village Al-Sallam à Assiout en 1923. Sa mère meurt à sa naissance. Orphelin, il grandit parmi ses frères et sœurs au quartier de Choubra au Caire. Sa dévotion à la religion s’affiche très tôt lorsqu’il enseigne à l’Ecole du Dimanche relevant de l’Eglise copte. C’est en 1953 qu’il entre au monastère des Syriens où il prend le nom d’Antonuis Al-Souriani. Il y est ordonné prêtre en 1955 et consacré évêque en 1962. C’est en novembre 1971 qu’il est élu et intronisé Pape d’Alexandrie et Patriarche de Saint-Marc en succession du Pape Kirollos VI, apprend-on du journal Youm7.
Sa formation lui a permis de mieux connaître ses origines égyptiennes. Ainsi, à l’Université Fouad Ier, il a étudié l’histoire pharaonique, islamique et l’histoire moderne. Et il a obtenu son diplôme avec mention « Excellent », puis a travaillé comme professeur d’histoire. Sa vocation ne se limitait pas là, il avait une plume particulière et a commencé à écrire de la poésie. On peut citer quelques-uns de ses poèmes dont « Mon cœur battant » et « Mon ami, j’ignore qui suis-je ? », lit-on sur le site du Youm7. Il a travaillé pour de longues années comme rédacteur, puis rédacteur en chef du magazine de l’Ecole du Dimanche.
Par ailleurs, le Syndicat des journalistes a accordé son membership à l’Amba Chénouda en 1966. Son numéro de membership au Syndicat des journalistes est 156.
Nazir Gayed n̕était pas seulement un tact mais il avait un autre talent « l'écriture et la poésie ». Il a sacrifié toute sa vie à servir Dieu. Dans le magazine de l'Ecole du Dimanche paru en 1947, il a commencé sa grande production de l’écriture d’un superbe poème intitulé "Portes de l'enfer" et qui a montré la grandeur de l'Eglise chrétienne gardée par Dieu et comment elle a souffert de la persécution et de la douleur à l'intérieur et à l’extérieur, selon le site www.st-mary-alsourian.com.
Et deux ans après la création du magazine de l’Ecole du Dimanche, il a assumé la responsabilité de la direction et d'édition. A travers ses responsabilités, il a exprimé son espoir et les souhaits de la nouvelle génération des jeunes dans l'avenir de l’Eglise copte du XXe siècle. Il a commencé à diriger la pensée copte et l'impacter. Beaucoup de gens ont suivi ses avis et ses idées. Il a écrit sur tous les aspects de la société et les problèmes de l'Eglise copte, a renchéri le site www.st-mary-alsourian.com.
Depuis la création du magazine de l'Ecole du Dimanche, Nazir Gayed a bien écrit des dizaines d'articles différents sur la vie spirituelle, des études dans la Bible, la réforme de l'histoire de l'Eglise, les problèmes de la jeunesse et quatre longs articles. Il a également écrit de nombreux poèmes devenant plus tard les hymnes spirituels chantés par le peuple copte.
Parmi ses articles les plus surprenants, les sujets de lancement de l'Esprit, qui étaient généralement écrits dès son retour du monastère. Il fréquentait le monastère Al-Sourian où il passait de longues périodes d'adoration et de prière. Ce groupe d'articles était les derniers articles qu'il a écrits dans le magazine de l'école. Il a écrit son dernier article dans le magazine de l’Ecole du Dimanche intitulé «J'ai eu envie de rester là-bas ». Et d'autres articles intitulés «Ah! Le touriste ».
Il ne pouvait alors résister à l'amour pour le Seigneur Jésus dans son cœur, il a tout laissé et s̕ en alla au monastère et est devenu moine là-bas le 18 Juillet 1954, ả l'âge de 31 ans (il prit alors le nom d’Antonius Al-Souriani).
En 1991, il est élu membre de la présidence du Conseil œcuménique des Eglises, dont le siège est à Genève. Il est également élu président du Conseil des Eglises du Moyen-Orient à Chypre en 1994.
Le Pape Chénouda III est titulaire de nombreuses décorations et distinctions dont le prix UNESCO-Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et de la non-violence en 2000, sur recommandation d’un jury international.
Il meurt le 17 mars 2012 et est enterré, selon sa volonté, au monastère de Wadi Al-Natroun. Ses obsèques se sont tenues au Caire, dans la cathédrale Saint-Marc pleine à craquer de fidèles, de religieux et de responsables. Elles ont été retransmises en direct par la télévision publique. Le 20 mars, sa dépouille quitte la cathédrale pour être transportée par un hélicoptère vers le monastère Saint-Bishoy à 100 kilomètres au nord-ouest du Caire.
Sa mort a attristé tous les Egyptiens et endeuillé particulièrement les Chrétiens d’Egypte et les Coptes à travers le monde. A l’époque, les autorités ont décrété une journée de deuil national.
Se prononçant pour l’unité des Chrétiens, par-delà les différentes Eglises, il rend visite au Pape VI en 1973. Il s’agit du Premier Pape Copte Orthodoxe à visiter le Vatican depuis 1500 ans. Depuis son élection, il entame un travail de dialogue pour resserrer les liens entre les Eglises orthodoxes. Pour cette raison, il invite à plusieurs reprises le patriarche de l’Eglise orthodoxe de Constantinople et les chefs des autres Eglises afin d’envoyer au monde un message d’unité. Il poursuit également le rapprochement avec les autres Eglises dont l’Eglise catholique romaine. En 2000, il reçoit chez lui dans la cathédrale Saint-Marc du Caire, le Pape Jean-Paul II.
Même lors de ses derniers jours, il continue à travailler, à écrire et à prier, malgré sa souffrance d’insuffisance rénale. Sa consolation dans les moments les plus difficiles est la prière ainsi que les enfants. Pour lui, le sourire d’un enfant était une vraie source de joie.
Etant un dignitaire religieux, le Pape Chénouda III est pour la grande majorité des Egyptiens une figure patriotique qui a constamment œuvré pour l’unité de la Patrie. Son charisme a eu un impact important lorsqu’il était sollicité dans les discours politiques et sociaux du pays. Il mangeait très peu et adorait vivre dans le calme pour adorer Dieu.
Sa relation avec les dignitaires religieux musulmans était remarquable. Parmi ceux-ci figure le grandissime Cheikh Mohamed Métwalli Al-Chaaraoui. Leur amitié était remarquable et impressionnante, d’après le site Mobtada.com. Plusieurs rencontres les ont regroupés : ces rencontres étaient marquées par des sourires, des discussions constructives, des histoires, etc…
Cette relation particulière s’est révélée lorsque Cheikh Chaaraoui est tombé malade. Le Pape Chénouda III a pris sa photo et a allumé des bougies pour prier pour sa guérison. Cheikh Chaaraoui avait été opéré à Londres. A son retour, Al-Chaaraoui a dit : « Dieu m’a donné une bénédiction en m’installant avec le Pape Chénouda III ». Le Pape Chénouda III a répondu : « Ceux qui se sont liés au Ciel, doivent être main dans la main pour les points de convergence et oublier des points de divergence ».
Déclaration commune du Pape Paul VI et du Pape Chénouda III
Voici un extrait du texte de la déclaration commune qui a été signée le 10 mai 1973 par Paul VI et Chenouda III, dans la Tour Saint-Jean, au moment de la visite d’adieu du Pape au Patriarche, après que le Cardinal Willebrands en eut donné lecture:
“Paul VI, Évêque de Rome et Pape de l’Église catholique, et Chenouda III, Pape d’Alexandrie et Patriarche du Siège de Saint Marc, rendent grâce à Dieu dans le Saint-Esprit qu’après ce grand événement que fut le retour des reliques de Saint Marc en Égypte, les relations se sont développées entre les Églises de Rome et d’Alexandrie, au point qu’elles ont pu maintenant se rencontrer personnellement. Au terme de leurs rencontres et de leurs conversations, elles désirent déclarer ensemble ce qui suit:
Nous nous sommes rencontrés dans le désir d’approfondir les relations entre nos Églises et de trouver les moyens concrets de surmonter les obstacles existant sur la voie de notre réelle coopération au service de notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a donné le ministère de la réconciliation pour réconcilier le monde avec lui-même (2 Co 5, 18-20).
En accord avec nos traditions apostoliques transmises à nos Églises et conservées en elles, et en conformité avec les trois premiers conciles œcuméniques, nous confessons une seule foi en l’unique Dieu. Un en trois Personnes, la divinité du Fils unique incarné de Dieu, deuxième Personne de la Sainte Trinité, Verbe de Dieu, splendeur de sa gloire et image fidèle de sa substance, qui s’est incarné pour nous en prenant pour Lui-même un corps réel avec une âme raisonnable, et qui avec nous a partagé notre humanité, à l’exclusion du péché. Nous confessons que notre Seigneur et Dieu, Sauveur et Roi de nous tous, Jésus-Christ, est Dieu parfait pour ce qui est de sa divinité, et homme parfait pour ce qui est de son humanité. En Lui sa divinité est unie à son humanité; cette union est réelle, parfaite, sans mélange, sans commixtion, sans confusion, sans altération, sans division, sans séparation. Sa divinité n’a été séparée de son humanité à aucun instant, pas même pendant un clin d’œil. Lui, qui est Dieu éternel et invisible, est devenu visible dans la chair et a pris la forme de serviteur. En Lui sont conservées toutes les propriétés de la divinité et toutes les propriétés de l’humanité, unies d’une façon réelle, parfaite, indivisible et inséparable.
La vie divine nous est donnée et est alimentée en nous par les sept sacrements du Christ dans son Église: le baptême, le saint chrême (la confirmation), la sainte eucharistie, la pénitence, l’onction des malades, le mariage et les saints orders”.
Le Pape Kirollos VI et le Pape Chénouda III, des dates coïncident
Le Pape Kirollos VI est né toujours au mois d’août, le 2 août 1902 et mort de même au mois de mars, précisément le 9 mars 1971 au Caire. Il est le 116ème Pape d’Alexandrie et Patriarche de Saint-Marc. Né à Damanhour, dans une famille copte orthodoxe, il démissionne de son poste de fonctionnaire de l’administration publique pour devenir moine en 1927. Il passe sa période de probation, et le 24 février 1928, il annonce ses vœux monastiques au monastère de Paromeos en prenant le nom de Père Mina Al-Baramosy.
Ordonné moine le 25 février 1928 et surnommé Mina, il fut ordonné prêtre le 18 juillet 1931. Le Père Mina mena une vie solitaire dans la vallée de Natroun puis dans un moulin dans la montagne Al Mokattam.
Il construisit une église dans le Vieux Caire portant le nom du martyr saint Mina. Il y résida jusqu'à son ordination patriarcale en 1959.
Avant son ordination, il fut nommé responsable du monastère d'Amba Samuel le confesseur à Zora.
Il fut ordonné Patriarche le dimanche 10 mai 1959. Pendant son pontificat, il réalisa: - le renouvellement de l'ancienne Cathédrale de Saint Marc, - la fondation du monastère Saint Mina à Mariout, - la nouvelle Cathédrale à Amba Rueïs au Caire, - pour la première fois dans l'histoire de l'Eglise Copte Orthodoxe, la construction d'églises coptes orthodoxes en Asie, en Amérique, au Canada et en Australie, - l'envoi de prêtres en Europe et en Afrique, - le retour du corps de Saint Marc d'Italie, - un puissant mouvement vers la vie monastique, - de même pour le service social, - la consécration du Saint Chrême. - enfin, pendant son pontificat, la Sainte-Vierge apparut à Zeïtoun, au Caire en 1968.
Source : http://eocf.free.fr/text_cyrille6.htm